Chemins de croix (1992-1999)
     
Chemins de croix (1992-1999)
Toujours, l'art ruse avec le dogme. A force d'idéaliser, de désincarner, de lisser, de policer le corps du Christ, la statuaire chrétienne s'est engourdie dans la fadeur asexuée des plâtres sulpiciens.Mais comme Jésus était aussi un homme, qu'il pesait inévitablement son poids de viande et d'os, qu'aussi ce corps fut agressé, flagellé, exhibé, cloué, provoquant inévitablement la curiosité sadique et la compassion douloureuse de ceux qui observaient la scène, puis, plus tard, des millions de femmes et d'hommes qui en firent un objet de piété, l'artiste qui s'engage dans cette représentation se trouve chaque fois confronté au mystère de l'incarnation. C'est ça qui est troublant dans le cadrage par lequel Jean Luc Cormier nous offre le signe charnel et aérien d'un crucifié de bord de route dont les hanches indemnes et juvéniles prennent une si importante matérialité physique. Cette question que toujours la vie pose au prêcheur. En focalisant sur la matérialité de ce ventre et de ces cuisses, en en isolant la simple grâce, le photographe leur rend l'esprit. Jean-Louis Sagot-Duvouroux
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